L’Enquête canadienne sur l’incapacité (ECI) de 2012 et l’Enquête sur la participation et les limitations d’activités (EPLA) de 2006

L’Enquête canadienne sur l’incapacité (ECI) de 2012 comporte un ensemble de questions d’identification des incapacités qui étaient utilisées pour la première fois afin d’identifier les personnes avec incapacité au Canada. Certains utilisateurs de données chercheront peut-être à comparer la prévalence de l’incapacité entre les enquêtes, notamment par rapport à l’Enquête sur la participation et les limitations d’activités (EPLA) de 2006 qui a précédé l’ECI. Mais cette comparaison n’est pas possible pour plusieurs raisons.

Les concepts et les méthodes ayant servi à mesurer l’incapacité dans le cadre de l’ECI de 2012 diffèrent considérablement de ceux utilisés pour l’EPLA de 2006. Le principal changement touche la définition de l’incapacité : dans l’ECI, la définition repose sur un nouvel ensemble de « questions d’identification des incapacités » (QII). Ces questions de sélection reflètent une mise en application plus complète du modèle social de l’incapacité, une plus grande cohérence dans l’identification de l’incapacité selon chaque type, de même qu’une meilleure couverture de l’ensemble des types d’incapacité, en particulier les incapacités mentales/psychologiques et cognitives (apprentissage et mémoire)Note 1. Ces différences sont décrites de façon plus détaillée dans la suite du présent document.

En raison des différences majeures entre les concepts et les méthodes de l’EPLA de 2006 et de l’ECI de 2012, il n’est pas possible ni recommandé de comparer la prévalence de l’incapacité au fil du temps entre ces deux sources de données.

Nouvelle méthode d’identification des incapacités

Contrairement aux questions de sélection de l’EPLA qui reposaient sur une approche hybride (modèle social pour l’identification de certains types d’incapacité et modèle médical pour d’autres types), les questions d’identification des incapacités utilisées dans l’ECI (QII) ont été élaborées de manière à assurer une plus grande cohérence de l’identification des incapacités selon le type.

D’après leurs réponses aux questions du module QII, les répondants sont considérés comme ayant une incapacité uniquement si leurs activités quotidiennes sont limitéesNote 2 en raison d’un trouble ou d’une difficulté à accomplir certaines tâches. On trouvera de plus amples renseignements sur la définition de l’incapacité dans le cadre de l’ECI à la section 2.1 du document Enquête canadienne sur l’incapacité, 2012 : Guide des concepts et méthodes (no 89-654 au catalogue), qui paraîtra bientôt.

L’ECI (puisqu’elle utilise le module QII) permet aux répondants de déterminer s’ils font face à une limitation d’activités en raison de ces difficultés ou de ces troubles. Parfois, des personnes ayant déclaré avoir de la difficulté à accomplir certaines tâches ou avoir un trouble quelconque vont ensuite indiquer que cela ne nuit en rien à leurs activités quotidiennes. Ces personnes étaient considérées comme ayant une incapacité dans le cadre de l’EPLA, mais pas dans le cadre de l’ECI.

Ce changement aura l’incidence la plus marquée sur l’identification des personnes avec une incapacité sensorielle ou physique, puisque dans l’EPLA, l’identification de ces types d’incapacités reposait exclusivement sur l’existence d’un certain degré de difficulté. Cependant, pour les types d’incapacité autres que physiques, l’EPLA présente une plus grande concordance avec l’ECI parce qu’elle comportait elle aussi une exigence additionnelle portant sur les limitations d’activités.

D’autres changements apportés aux questions d’identification peuvent eux aussi avoir un impact sur les résultats. Par exemple, les questions relatives aux incapacités mentales/psychologiques ont été quelque peu modifiées: des exemples des troubles les plus courants (comme la dépression, l’anxiété et le trouble bipolaire) ont été ajoutés et les exemples de troubles moins courants et plus stigmatisés (comme la schizophrénie) ont été supprimés. La liste d’exemples dans les questions relatives aux troubles d’apprentissage et aux troubles de mémoire a aussi été modifiée.

Autre différence entre les deux enquêtes : les troubles de la communication étaient identifiés dans l’EPLA mais ne le sont pas dans l’ECI. Durant la série de tests qualitatifs successifs du module QII, aucune question n’a pu être trouvée afin d’identifier correctement les personnes avec troubles de la communication. La plupart des itérations d’une question servant à identifier les personnes de ce petit groupe (y compris la question utilisée dans l’EPLA) soulevaient des difficultés chez les personnes dont la première langue n’est ni le français ni l’anglais, ou encore des difficultés d’ordre culturel (comme le fait de ne pas comprendre certaines expressions appartenant au langage familier). De plus, l’émergence des médias sociaux comme moyen de communication semble avoir ajouté une nouvelle complexité au concept de communication pour la population canadienne.

Enfin, des changements ont été apportés au concept d’« agilité » utilisé dans l’EPLA. Dans le module QII, l’incapacité correspondante a été subdivisée en deux types (flexibilité et dextérité), les essais qualitatifs ayant démontré que les gens jugent que ces deux aspects sont très différents l’un de l’autre, et qu’ils ne sont pas associés aux mêmes troubles sous-jacents. On a jugé que cette subdivision constituait une amélioration en vue d’identifier différents types d’incapacités physiques; en outre, cela donne suite à des demandes formulées par les utilisateurs de données sur l’incapacité ainsi que par la comité consultatif technique pour les personnes avec incapacités d’Emploi et Développement social Canada (EDSC).

Autres changements touchant le contenu de l’ECI

De même qu’il n’est pas possible de comparer la prévalence de l’incapacité en général et celle de certains types d’incapacité en particulier, l’ECI ne peut pas non plus être comparée à l’EPLA pour ce qui est d’autres données relatives à son contenu. En effet, le contenu de l’ECI a été en grande partie simplifié et mis à jour. Une portion du contenu de l’EPLA a été supprimée en raison de contraintes opérationnelles; toutefois, on s’est efforcé, dans la mesure du possible, de supprimer le contenu s’étant révélé moins pertinent et moins utilisé.

Les questions de l’enquête ont également été mises à jour afin de mieux refléter la réalité d’aujourd’hui et de rectifier certains problèmes connus avec l’EPLA. Par exemple, la section portant sur les aides et appareils fonctionnels a fait l’objet de changements importants. Bon nombre des appareils mentionnés dans l’EPLA étaient considérés comme étant dépassés, compte tenu de l’utilisation qu’en font actuellement les personnes avec incapacité. De même, de nouveaux appareils ont été ajoutés pour rendre compte des progrès technologiques réalisés depuis la fin des années 1990, soit la période où ont été formulées les questions de l’EPLA sur les aides et appareils fonctionnels.

Des efforts ont également été faits afin de simplifier la méthode servant à interroger les répondants de l’ECI au sujet de l’aide requise et des besoins non satisfaits. Par exemple, les questions sur le besoin et l’utilisation d’accessoires (tels que des barres d’appui, etc.) installés dans le logement des personnes avec incapacité physique sont maintenant combinées aux questions sur d’autres aides et appareils associés au même type d’incapacité. Dans l’EPLA, on distinguait les questions sur les aides et appareils portables et portés par la personne elle-même, de celles ayant trait aux aides et appareils installés dans le logement. Cette distinction n’était pas naturelle pour de nombreuses personnes qui voulaient indiquer leur besoin pour des items tels que des barres d’appui, dans la première section relative aux aides et appareils fonctionnels (souvent déclarés dans la catégorie « autres »), puis qui en faisaient de nouveau état dans une section subséquente lorsqu’on leur posait précisément la question, pouvant donner lieu à un double compte.

En raison de ces changements apportés au libellé et à l’enchaînement des questions, il convient d’éviter les comparaisons entre les données de l’EPLA et celles de l’ECI.

Questions filtres de l’ENM

Bien que l’on considère que l’ECI et les questions d’identification des incapacités (QII) constituent un progrès important en vue de mieux mesurer l’incapacité au moyen du modèle social, il convient de mentionner que l’échantillon de l’ECI a été présélectionné à l’aide des mêmes questions filtres à l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011, que celles utilisées dans le questionnaire complet du Recensement de 2006 lors de l’EPLA. Des études de suivi ont montré que ces questions filtres ne permettent pas d’identifier adéquatement les personnes ayant une incapacité mentale/psychologique ou cognitive. Cela signifie que l’ECI présente encore quelques-unes des lacunes que l’on retrouvait dans l’EPLA en ce qui touche le sous-dénombrement de certains types d’incapacité. Néanmoins, parmi les personnes sélectionnées sur la base de l’ENM, la nouvelle méthode de sélection utilisée pour l’ECI contribuera à améliorer l’identification des personnes ayant une incapacité mentale/psychologique, une incapacité cognitive ou un « autre » type d’incapacité, car il est maintenant possible de mieux les identifier.

Changement relatif au délai suite à l’enquête de présélection

Comme mentionné précédemment, les bases de sondage de l’EPLA et de l’ECI ont été établies à partir des réponses au questionnaire complet du Recensement de 2006 et à l’ENM de 2011, respectivement. L’EPLA a été menée de six à neuf mois après le Recensement, tandis que l’ECI a été menée sur le terrain de 16 à 20 mois après l’ENM. En raison du délai plus long, non seulement a-t-il été plus difficile de faire le suivi des répondants sélectionnés qui avaient déménagé, mais cela a en outre fait augmenter la possibilité qu’un répondant ayant déclaré une limitation d’activité à l’ENM n’ait plus d’incapacité, qu’il ait été institutionnalisé ou qu’il soit décédé dans l’intervalle (se reporter à la prochaine section, intitulée « Autres changements d’ordre méthodologique »). Il se peut aussi que certains renseignements recueillis dans le cadre de l’ENM et annexés au fichier de l’ECI (par exemple, des données sur le revenu) aient changé au cours de la période séparant les deux enquêtes.

Autres changements d’ordre méthodologique

La base de sondage de l’ECI a été constituée à partir des réponses à l’ENM de 2011, tandis que celle de l’EPLA reposait sur les réponses au questionnaire complet du Recensement de 2006. Bien que tous les efforts aient été déployés par l’ENM afin de réduire les effets du taux de réponse plus faible, ce changement particulier a pu avoir une incidence sur les résultats de l’ECI. Pour consulter la version intégrale des délibérations sur la qualité des données de l’ENM, veuillez consulter le Guide de l’utilisateur de l’Enquête nationale auprès des ménages.

Une deuxième différence méthodologique entre l’ECI et l’EPLA découle d’un changement apporté à la stratégie de pondération dans le cadre de l’ECI pour contrebalancer le délai plus long entre la collecte de l’ENM et celle de l’ECI. Comme mentionné plus tôt, ce délai entraînait une augmentation de la probabilité de non-réponse à l’ECI en raison du décès ou de l’institutionnalisation de certains répondants. En raison de la possibilité que bon nombre de ces personnes soient des personnes avec incapacité, il était important de prendre des mesures afin de ne pas sous-estimer la prévalence de l’incapacité. Par conséquent, on a ajusté les poids applicables à la population ayant répondu NON aux questions filtres de l’ENM de manière à prendre en compte les décès et les institutionnalisations qui pourraient avoir eu lieu entre la collecte des données de l’ENM et celle des données de l’ECI. Cela a nécessité un calage des poids aux estimations de population ajustées pour le sous-dénombrement net, ce qui n’avait pas été fait dans le cas de l’EPLA de 2006.

Le document Enquête canadienne sur l’incapacité, 2012 : Guide des concepts et méthodes contient de plus amples renseignements sur la méthodologie utilisée dans l’ECI.

Résumé et recommandation

Tel que discuté précédemment, les principales différences entre l’EPLA et l’ECI peuvent être resumées ainsi:

  • La définition de l’incapacité utilisée pour l’ECI est différente de celle utilisée pour l’EPLA. L’ECI a adopté le nouvel ensemble de questions d’identification des incapacités (QII), qui est utilisé pour la première fois afin d’identifier les incapacités au Canada.
  • Les questions de sélection utilisées dans l’ECI concordent davantage avec un modèle social de l’incapacité que celles de l’EPLA; de plus, contrairement à ces dernières, les questions de sélection de l’ECI sont plus cohérentes pour identifier l’incapacité selon chaque type.
  • Le contenu du questionnaire a été simplifié et mis à jour afin de tenir compte des technologies actuelles et de corriger certaines lacunes dans la formulation des questions.
  • Le délai plus long entre l’ENM et l’ECI a fait augmenter la possibilité que des répondants sélectionnés n’aient plus d’incapacité, soient institutionnalisés ou soient décédé au cours de l’intervalle entre les deux enquêtes. Il a donc été nécessaire de recourir à une différente méthode de calage des poids, ce que l’on n’a pas fait dans le cas de l’EPLA de 2006.
  • Enfin, la base de sondage de l’ECI a été constituée à partir de l’ENM de 2011, plutôt que du Recensement de 2006. Ce changement peut avoir eu une incidence sur les résultats de l’ECI.

Il faut présumer que ces différents changements ont une incidence sur la comparabilité des données. Par conséquent, il n’est pas possible ni recommandé de faire des comparaisons entre les données de l’ECI et celles de l’EPLA.


Notes

  1. Cet énoncé est vrai en ce qui a trait au module QII lui-même; il existe toutefois certaines contraintes associées à l’administration de ce module dans le contexte de l’ECI de 2012, qui est une enquête postcensitaire. Se reporter à la section « Questions filtres de l’ENM ».
  2. La seule exception à cet égard concerne les troubles du développement, le répondant qui a reçu un tel diagnostic étant considéré comme ayant une incapacité.
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